Ressouvenirs d’Afrique

Ménélik II

L’histoire de l’Afrique a commencé, comme on a voulu nous le faire croire, avec David Livingston, Savorgna de Brazza, René Caillé, etc. explorateurs du XIX siècle. Or, l’Africain est le seul être pouvant remonter jusqu’à 6000000 d’années d’histoire de son peuple (cf. Souleymane Bachir Diagne, Alain Mabanckou, et autres). Les peuples d’Afrique, multimillénaires, ont fait les belles époques du passé le plus ancien.

Commençant par l’Égypte antique, de l’ère de Ramsès II et des dynasties le précédant, avant ses contacts avec la Grèce, Rome et l’Arabie, les pharaons noirs la hissèrent à son apogée bienheureux. Léopold Sédar Senghor dit des travaux de Cheikh Anta Diop à ce sujet : « il (Cheikh A. Diop) a la preuve du sang et de la langue ». En clair, aux plans génétique et linguistique, la civilisation pharaonique a des racines et des souches noires.

Quittant l’antiquité, vers 200-300 ans après J.-C., toujours en Afrique septentrionale, la cité rayonnante de Carthage fut détruite au sommet de son épopée par Rome. Les Carthaginois étaient d’habiles marins mélanodermes – le teint brun – dominant les batailles navales lors des trois guerres puniques. Les Romains, par un subterfuge diplomatique consistant en une trêve, prendront de surprise la flotte puine et décimeront la ville fière de Carthage en semant le chaos partout.

Un petit peu au sud, l’empire mandingue rutila d’éclats et d’auréoles, entre l’an 1000 et l’an 1500. Tombouctou, carrefour des lumières, était sa ville emblématique : sa bibliothèque, son université, ses affaires et son commerce témoignaient de son avance belle et nette. Kanka Moussa, l’un des empereurs mandingues, se distingue jusqu’à nos jours par sa fortune peu commensurable. Et l’empire conçut l’une des premières chartes de l’histoire des droits humains, entre autres magnificences.

Beaucoup plus au sud, en Afrique australe, dans l’ancienne Rhodésie, où se trouvaient les  célèbres mines du roi Salomon, s’étendait au XV siècle le royaume du Monomotapa. Une cité fastueuse par ses joailleries et robuste par ses remparts, qui impliqua le règne de la reine de Saba. Monomotapa était une haute sphère de la séculaire noblesse africaine.

L’Afrique australe a aussi connu l’un des plus grands chefs de guerre de l’époque médiévale.   L’auguste Chaka, à l’ère du commerce triangulaire, dirigeait le royaume zoulou doté d’une gigantesque armée. Il menait lui-même son armée et avait conquit un vaste territoire au sud de l’Afrique. Son nom résonnait partout ! Une conjuration de ses généraux le destitua l’en assassinant.

Dans la corne de l’Afrique, cette fois-ci, pour parler de l’exception éthiopienne, le roi Ménélik II dévasta les troupes italiennes à la fin du XIX siècle pendant la conquête coloniale. Ce qui à lui et à son royaume évitait  la sujétion et la dépendance à l’Italie. Une exception dans le monde parmi les pays où l’impérialisme se déploya.

Afrique, mon Afrique

« L’Afrique, leur Afrique, repousse et repousse, patiemment et obstinément. »

L’Afrique, pour toutes ces choses précitées, n’envie rien à aucun autre continent. Fiers de cet historique, les peuples africains dont l’histoire est pleine de rebondissements, ne courbent pas l’échine. L’Afrique, les peuples africains, n’attendent rien ni personne. L’Afrique, leur Afrique, repousse et repousse, patiemment et obstinément.

Magatte Fall, chroniqueur

Au fond de la jungle

trône royal

Ça hurle ! Qui ce peut-il être ? Le loup animal de proie. Procès ou règlement de compte, c’est sa loi qu’il fait de toutes façons. Le petit agneau sera dévoré comme par Nature. Cela se passe quelque part dans la jungle nordique. Et ça hurle ! Qui ce peut-il bien être ? Très certainement, un autre animal de proie ou en proie, dans une des terribles jungles un peu partout à travers le monde. Peut-être juste un animal social dans une convoitise ardente ou courant un danger extrême ? Comme le loup ou l’agneau, comme le lièvre ou l’hyène rivalisant de ruses, comme le lion altier qui se repait volontiers de quiconque, ça hurle, ça hue et ça hie dans la jungle et dans la cité. Tous ces animaux se dévorent entre espèces ; « les hommes entre eux se dévorent » : dixit Diderot. Les hommes, l’homme, chasse(nt) à l’homme, du sommet vers la base de la pyramide sociale. Des carcasses et des cadavres jonchent le chemin de sa montée au pinacle.

« L’espoir est vraiment mince. »

Eros est excommunié. La cité pleure ses philanthropes. Le ciel s’est assombri. Entre la déception des moultes attentes des plébéins et leur désespoir de ce que la cour deviendra, de petites lueurs luisent. Parmi les potentiels patriciens aptes à reprendre le flambeau, qui nourrissent un brin d’espoir dans les coeurs, peu nombreux malgré, il y a les suivants : Ousmane Sonko, Thierno Alassane Sall, Malick Gackou, Abdoul Mbaye et par extraordinaire Khalifa Sall. Tous clopinants ! L’espoir est vraiment mince. Tous des proies, des rejetons inoffensifs. Ils gigotent comme un nourrisson excité faisant des pieds et des mains, sans tenir alors solidement. Ils manquent du minimum voire de tout : s’épanchent sur les réseaux sociaux à volonté, se vautrent sur le macadam impuissamment, mènent un combat déséquilibré. Ils sont limite à l’agonie. Souvent, comme des oisillons, ne sachant pas voler et seuls dans le nid, un rapace les menace et même s’en taillade un. Tous effarés comme toujours, ils crient, huent et hurlent.

Du roi

Devant ce pittoresque mélodrame là, le peuple se prend de saisissement tel et tant que le roi lui, se conforte, se réconforte et se complait par-dessous sa couronne. Son antre ne trouve nulle pareille retraite dans la savane au regard de ses défenses, ses ministres, ses bouffons, sa profusion, son ébriété, etc. C’est le palais, le palace de toute les convoitises, mais le manoir de toutes les hantises. Là, se décrète tout ! Du gros chantier onéreux au bannissement du courtisan rebelle, les décrets les plus machiavéliques sont sortis de là. Et le roi lion se signe despotiquement. Rien ni personne n’y peut. Il est planté comme un vieil arbre plantureux. Il fait sa loi tout alentour, à tous les êtres sans être inquiété d’eux. Et il s’enorgueillit que des voix, comme s’il ne l’eut pas voulue, lui fassent la récrimination de sa longévité. A priori, il se débinera, mais comment ? Il n’y a pas de honte à se replier, à abdiquer, mon cher roi.

« Et il s’enorgueillit que des voix, comme s’il ne l’eut pas voulue, lui fassent la récrimination de sa longévité. »

Le regard appréciateur

La jungle Ndoumbélane, ses frasques sur la sellette, n’est pas absente au rendez-vous forain des nations. Les personnages et les intrigues animaliers de la savane ouest-africaine n’échappent pas au regard autre. Et l’on nous apprécie. La brouillerie au mois de mars et la tension électrique régnante cristallisent l’attention de partout. On réverbère. Ainsi recoit-on maintes visites. Dame Ségolène Royal dira : Ndoumbélane est un exemple de démocratie. Sire Antony Blinken de l’enjamber : c’est une forte démocratie. Et la névralgie de monter d’un cran. La jungle s’exalte, la jungle bouillonne. Bêtes et moins bêtes, grands et petits redonnent de la vigueur, du ton… Macky Sall est un leader accompli ! Ses forces mais aussi ses faiblesses lui valent cette reconnaissance. Ses adversaires devant à leur tour, s’élever à sa hauteur ou du moins, il leur est obligé de vaincre avec la manière. C’est la une nature en plein essor. Et le terni dans l’image n’en fait pas une moins belle. On donne des crocs et des griffes mais on se panse et se soigne, après, en communion. Force est de dire que nous sommes unis dans la diversité, de la mer aux sources, de la steppe à la forêt.

Magatte Fall, chroniqueur

Dakar, une presqu’île métropolitaine de contrastes

Carte de la région de Dakar

Les 30, 31 août et les 1er et 2 septembre 2021, la battante agitation des rues de Dakar s’est offerte à ma discrétion. Bien que dans un ordre quasi imperceptible, de Fann – Point E aux HLM Grand Yoff, tout était remuant. Le trajet dure 15 à 20 minutes entre ces deux quartiers, en car. Dedans, on s’amoncelle comme du bétail de la périphérie vers le centre-ville. Sur la VDN, l’autoroute reliant ces patelins, la circulation est très dense à avoir le vertige frèlement. Je fis ce trajet le 31 et le 1er, de bon matin. Je devais déposer un dossier de candidature à la reprise des études à l’université Cheikh Anta Diop, au rectorat précisément. Toutes les démarches administratives importantes se font à Dakar, comme il apparaît clairement. C’est le sens et la direction du plus gros des mouvements dans l’ensemble du pays, Dakar !

Rectorat de l’Université Cheikh Anta Diop

Contrastes avec les régions

Primo, il n’y a pas d’autoroutes intraurbaines dans les autres régions alors qu’à la capitale Dakar, elles font légion. La RN1 et la RN2 se transforment en autoroute à partir de Diamniadio et qui va jusqu’à Yoff sur près de 40 Km. Celle-ci forme une patte d’oie quelque peu avant Yoff, dont l’un des cours se lance en autoroute jusqu’à l’avenue Lamine Gueye sur 10 ou 15 Km. Sans oublier la VDN (voie de dégagement nord) citée plus haut qui s’étale sur environ 25 Km. Juste pour ne compter que ces trois… mais Dakar est partout jonchée d’autoroutes.

« Le panorama est réduit au pan de ciel immédiat ».

Secondo, quid des immeubles ? Pour vous faire une idée, la vue du ciel est obstruée par ces géants d’au moins quatre étages. Le panorama est réduit au pan de ciel immédiat. Tandis que dans les régions, l’horizon s’éloigne à perte de vue, jusque vers l’abord des lisières. Les immeubles à Dakar pullulent comme les grands arbres d’une forêt. On dirait même une ville du futur science-fictif. Tandis que les régions sont dans le dénuement complet.

Paradoxes internes

Terrain de football sur la route de Bambilor

La paperasserie terminée, je me suis rendu le 2 dans la commune rurale de Bambilor au nord-est de Dakar. Ici le paradoxe entre la capitale et les régions est beaucoup moins frappant. A fortiori, on croirait être retourné en région. Ici, on sent même mieux la brise marine venant de la côte atlantique. Dakar étouffe ! Le trajet est long, des HLM Grand Yoff passant par Rufisque jusqu’à Bambilor. Mais c’est essentiellement dû à la fluidité lacunaire de la circulation, aux embouteillages monstres et parfois à l’état défectueux des routes. Le transport est la gangue du joyau qu’est la région de Dakar. Je me suis rendu donc en minibus à Bambilor chez mon beau père. La famille était chaleureuse et l’ambiance joviale. Un instant, j’ai oublié les bruits vrombissants de la ville. On a mangé des vermicelles au poulet, bu de la boisson gazeuse et pris un verre de thé moussant. Les maisons sont à peine contiguës et des arbres juchés par ci et là. C’était par un après-midi ensoleillée et calme. Je suis reparti à 17 heures vers la gare routière des baux maraîchers. Sans repasser bien sûr par mon lieu de chute, les HLM Grand Yoff, où depuis 2007 je vis furtivement de très beaux moments, chez une parente.

Le paradoxe entre la ville et Bambilor est éberluant, certes. Mais il est un fait plus remarquable encore. C’est la proportion inquiétante de la pauvreté à Dakar. L’image de ces jeunes enfants vendeurs d’eau fraîche à la sauvette est restée collée à la belle carte postale de la capitale. Leurs familles sont aux abois vu le péril de ces enfants pour gagner journellement au plus 1500 CFA (2 euros). Les populations dakaroises dans leur majorité absolue vivotent, subsistent, s’enlisent. Notre voiture de transport en commun quitta les baux maraîchers vers 19 heures en direction de Kaolack, pour mon retour.

Instituer le sens Dakar-interland

Tout cela étant dit, il conviendrait plus que urgemment de corriger le schisme interne et externe relatif à la presqu’île métropolitaine de Dakar. Désengorger Dakar avec son réseau de structures administratives, économiques et sociales, c’est le dépolariser. Loin de le désaffectionner, il s’agit juste de créer plus de mouvements dans le sens inverse Dakar-interland. Le salut de Dakar et des Dakarois ainsi que des Sénégalais réside dans la création de nouveaux pôles d’activité.

Magatte Fall, chroniqueur

Les inondations, nullement une utopie, mais un cauchemar

Les gués de fortune, ces passerelles communes au décor des villes sénégalaises en hivernage

La génération des années 2000 naquit et grandit avec le calvaire des inondations. Cela n’a rien d’une anomalie à leurs yeux. Les hivernages luxuriants et non dantesques leur sont inconnus contrairement à nous la génération de 1980. En hivernage, le décor avait été somptueux : l’herbe, les terrains vagues au sable fin, aspergé d’eau et perméable, l’air pur et fraîchement humide, le ciel clair et mousseux, les allées entr’ouvertes dans la verdure, des ressouvenirs que notre génération couvent précieusement. Aujourd’hui, pendant la saison pluviale, comble de la dystopie, le tableau qu’offre les cités sénégalaises est pittoresque ou pis, dramatique.

Le cauchemar des sinistrés

un quartier sous l’empire des eaux

A partir des années 2000, le réchauffement climatique avec son lot d’intemperies a mis à découvert le manque de politiques urbanistes et le déficit prévisionnel en plans d’assainissement de nos villes pourtant microscopiques. Les populations ont sur une période fait emprise sur des zones inondables et par dessus le marché zones non assainies depourvues de tout type d’infrastructures hydrotechniques de base. Par effet de chaîne, les eaux pluviales ont (re)conquis ces espaces désormais habités. Joint au fait que les sols par la saturation ont perdu de leur porosité, les gens ont depuis les pieds dans la boue. Pire, ils ont de l’eau jusqu’au bas ventre, par endroits. Ils mangent les pieds trempés jusqu’aux genoux et dorment à même le bois parce que les matelas, gorgés d’eau, sont hors service. On passe ses journées à essayer d’évacuer l’eau des maisons avec des motopompes ou à la main. Cuisiner est devenu un privilège pour qui peut avoir du feu. Bref, le sinistre est total comme le montrent les images.

les personnes et leurs biens pataugent dans l’eau

Le scénario est le même depuis presque 20 ans que ça dure. Les politiques font maints et maints efforts pour juguler le fléau. Mais le problème est des plus endémiques. On a beau s’ingénier mais le mal est profond. Le remède nécessite des moyens colossaux. De ceux que le baron Haussmann mobilisa pour moderniser Paris vers 1850. N’oublions pas que la ville lumière a elle aussi connu des inondations à cette époque avec les crues de la Seine. Mais de deux, cela nécessite de gros moyens. Les autorités étatiques parlent de plusieurs milliards de CFA déjà injectés. Néanmoins, à Saint-Louis, Thies, Dakar, Mbour, Kaolack ou Ziguinchor, le paysage ne fait pas beau à voir. On se croit dans une des parodies infernales de Dante.

Un de plus ou de trop

La littérature à ce dit sujet est déjà très abondante. Mais cet opus n’est pas de trop. Il vient apporter une pierre à cet édifice d’implication et de démocratisation des politiques socio-environnementales. Il aurait mieux valu un État prévenant que cet État providentiel auquel on se remet. Seule la démocratisation des politiques (en carence auparavant) munie à la prévoyance politique aurait pu nous éviter ces affres. Mais pour l’heure, souffrons notre martyre jusque lors d’un meilleur jour. Un jour où tous ensemble, nous verrons « Dakar à l’image de Paris » comme nous l’avait promis le président-poète L. S. Senghor.

Magatte Fall, chroniqueur

Humeurs lectrices : la lecture et nous

lecteur solitaire

Le goût de la lecture vient seul, la curiosité aidant. Et on grandit avec cette soif inextinguible de lire et de relire. C’est à Saint-Louis que m’a pris cette envie, à un très jeune âge. Mes premiers romans s’étrennant avec la puberté (un âge difficile). J’ai lu alors des oeuvres au programme comme on dit, censées forger ma personnalité. Les thèmes variaient du conflit de générations à la polygamie passant par l’épopée de Chaka zoulou. Ainsi naissaient un imaginaire merveilleux et une aventure féerique au fil des lignes et paragraphes.

la lecture, une drogue

C’est bien de l’opium, de l’éther, de la drogue. On ne se passe de sa dose quotidienne de lecture tout comme de son café ou de sa prière. C’est un plaisir exquis. Au survol des lignes, s’arrêtant sur un mot dès fois, ou un groupe de mots, toujours accroché au fil conducteur du récit, on dévore un chapitre ou deux, ou plus par jour. A la fin desquels, on sens ce soulagement et ou cette satisfaction d’une trame bien menée, soulagement et ou satisfaction d’un effort fourni pour une journée désormais non emplie d’inanition. Et la dopamine fait son effet !

Depuis ce temps, je lis. Je lis dans mon lit, sous un arbre, sur le parvis, en voiture, en salle, … C’est une drogue oui, mais bénigne. Mieux, c’est une passion digne d’une love-story, une passion bénie parmi toutes d’Aphrodite. Donc je lis les oeuvres au programme jusqu’à ce que ma petite bibliothèque se mette en place avec « Messiada » , « La légende des siècles » , « Les enfants du Graal », « Du contrat social ». Donc je lis et je relis entre Kénitra et Rabat, de Valfleury à la Cité Mamora, dans le train et à la fac. A cette période de ma jeunesse, je crois avoir lu une quinzaine de livres que j’achète ou que l’on me prête. Je veux citer en gros : « Une si longue lettre », « Le père Goriot » , « Les mains sales », « L’aventure ambiguë », « Une vie de boy », « Le discours de la méthode », « De l’origine des différences entre les hommes », etc. etc. Et j’oubliais les BDs et autres revues journalistiques. Donc je lis comme un rat de bibliothèque. La lecture est la meilleure drogue de toutes.

Développer son champ livresque

Je visite tous les champs d’investigation qui m’intriguent. Et toujours avec le même intérêt et la même passion. Je crois que ça vient de l’éclat étincelant du savoir, de l’amour qui en émane. A travers les longs articles de Droit public, à travers les pages de Sciences&Vie, dans les romans de suspense comme « Dark house », le long des lignes du journal Le Monde, le long d’un traité historique ou philosophique, tout au long d’un merveilleux conte, ma pérégrination livresque n’a pas encore un glas d’insatiété. J’en demande et en redemande. Entre le romantisme de Hugo, le naturalisme de Zola, le surréalisme de Éluard, jusqu’à la poésie de Birago Diop et les pièces de théâtre de William Shakespeare (Hamlet, Othello et Macbeth), ma soif ne s’est pas du tout étanchée ou désaltérée. J’en redemande ! Une file d’une quarantaine de sourates du Saint Coran, au travers d’un recueil mathématique sur les calculs différentiels de Pouchkinov, en proie à la densité des encyclopédies « Tout l’univers », je continue mon périple aventureux avec les livres. J’avoisine à 35 ans, un total de 100 oeuvres lues. Et quelquefois relues ! Et vous, avez vous lu 100 oeuvres, plus ou moins ? Conbien environ en avez vous égrener ?

Magatte Fall, chroniqueur

Le mandat, la pomme de discorde

électeur ivoirien

Décidément, la question du mandat présidentiel demeure un point d’achoppement dans le débat politique au Sénégal. Ceci auquel moment, une sacramentelle de pays s’en ont occupée, pour leur part, avec célérité. C’est que cette question fastidieuse pour notre part, ne l’est point.

Au sortir des indépendances, pendant le règne de Senghor, jusqu’en l’an 2000 au crépuscule du régime de Abdou Diouf, on dénote même pour lors, cette inconstance et de la durée du mandat et de la limitation du nombre de mandat. Tous deux, Senghor et Diouf, ayant fait 20 ans de pouvoir, par quelle arithmétique peut on bien répartir le nombre et la durée de leurs mandats ? Une gymnastique dont on peut s’excuser comparé à d’autres présidents de pays.

Jacques Chirac pour peu qu’on se rappelle, a fait 14 ans de pouvoir, soit deux mandats de 7 ans. Sarkozy et Hollande ont eu chacun un seul mandat de 5 ans nets. Ceci pour dire que la fameuse question n’a pas fait long feu en France. Aux États-Unis, le problème ne s’est jamais posé depuis Georges Washington dans les années 1700, au lendemain de la Guerre d’indépendance.

Au reste, ici, le bruit autour de l’âtre est sans précédent, ces 2 dernières décades. On a de cesse de passer d’un mandat de 7 à 5 ans puis de 7 à nouveau et ainsi de suite. Une inconstance à la limite tumultueuse ! De Abdoulaye Wade à Macky Sall, le nombre et la durée du mandat n’a fait que trop débat, un charivari à vrai dire. La durée ne pouvant être fixe une bonne fois pour toutes ; le nombre se voulant toujours être ILLIMITÉ, par d’âpres subterfuges et supercheries.

Qui donc mettra un terme au débat qui s’éternise résolument ? C’est entrer dans l’histoire que de clore un débat sempiternel. Qui donc s’élèvera aux nues par l’exemple/l’exemplarité du renoncement au mandat de plus et aussi aux 2 ans de trop ? Macky Sall certainement, puisqu’il est homme à se garnir d’honneurs ou d’éloges, dus ou indus ; Ousmane Sonko indubitablement, puisqu’il est l’espoir d’un Sénégal évolué, dûment ou indûment.

Magatte Fall, chroniqueur

Rêve syndical

marcheurs sud-africains grévistes en 2013

Le problème du syndicalisme de nos jours n’est pas tellement complexe. Au contraire, il est empreint de simplicité. En effet, le noeud du problème réside dans l’égoïsme de corps, ce sentiment corporatiste à l’envers de la solidarité de corps, qui elle, est tenue en très haute estime. L’égoïsme de corps, lui, est à honnir. Il consiste au souci purement clanique envers sa corporation, voire même à l’aversion de tout autre corps de travailleurs, ou pie, au mépris de ceux-ci.

Le syndicalisme d’aujourd’hui ne souffre que de ce mal : la désunion des corps de travailleurs. Les actuels barons des Centrales syndicales : Mademba Sock, Castro, Mamadou Ndoye, etc. de leur temps, au cours des années 90, jouissaient non pas du soutien et de l’admiration du peuple, mais plutôt de la solidarité des syndicats autres que de leurs corps respectifs. L’union fait la force. Le peuple ou l’opinion, semble-t-il, offre ses faveurs à qui occupe la position de force, dans la lutte syndicale. Jamais le peuple ne sera allié aux grognons. Jamais ! Le peuple suit le sens du vent autant qu’il l’emporte, par sa frivolité.

Il ne s’agit nullement de bataille médiatique ou de guerre d’opinion dans le propos précédant. Il s’agit là encore d’unité syndicale de tous les corps de travailleurs. Cela seulement préside à la force et la veine syndicales. Mais cependant, l’Etat a fini son processus de division des organisations du travail ; et l’Etat règne mieux par conséquent. La fragmentation des syndicats est parachevée. Ils ne forment plus, dans tous les corps, que de minuscules groupuscules ne pouvant donner aucun ton, inaudibles et peu percutants.

Les dés sont jetés ! Désormais au moindre mouvement de grève, l’Etat brandit le spectre de la radiation ou soulève sa hache de guerre favorite : les réquisitions. Et que peut le menu fretin face à cette terreur ? Presque rien ou une infime opposition. Tel fut le cas lors de la grève des enseignants de 2017. Puis ce fut au tour des travailleurs de l’Hydraulique. Et aujourd’hui, c’est aux greffiers de souffrir la terreur absolutiste de l’Etat. A qui la faute, se demande-t-on, si l’Etat terrifie nos menus syndicats.

Il est loin le beau jour du syndicalisme où des spasmes d’enthousiasme juchaient le long des luttes de camaraderie. Mis à part le besoin impérieux et impératif d’union et de solidarité de toutes parts, il est un besoin vital de révolutionner le monde du travail. Prolétaires de tous les pays, unissez vous : disait Karl Marx. Et d’autant plus que le service public est le bras agissant de l’Etat : Il ne peut se l’amputer. Et Jules Ferry d’alleguer : les hommes de la révolution restaient debout dans la tempête ; ils ne montraient pas sous l’éclair des grands orages des figures décomposées par la peur.

Magatte Fall, chroniqueur

Modou, le talibé

enfant talibé endormi dans la rue

D’après une idée originale de Pee Kane


Sur le perron s’étalant légèrement sur la rue, juste à la devanture d’une maison, dans l’obscurité de la nuit, Modou dormait paisiblement à poing fermé. Couché sur un côté, le petit Modou était recroquevillé sur lui-même, arrondi comme un oeuf, jambes et bras blottis. Il était insensible aux piqûres de moustiques, à la chaleur estivale de même qu’à la rugosité du perron. Et par instants, un ronflement témoin de sa fatigue journalière, rompait le silence obscur de la rue. Il n’avait que 10 ans. Un gros acacia gisait près de ses pieds sales et nus. Son bol, sa sébile crasseuse, pas plus grand qu’un ballon de handball, jonchait non loin du mur de la maison, à deux pas de la porte d’entrée.

Lors d’un court instant, c’est en se retournant sur l’autre côté que Modou plongea, aussitôt, dans un grand rêve enfantin.

Dans son rêve, il quittait la petite ville de Kaolack pour son Kougnas natal, un hameau dans le Ndoukoumane. Rien ne lui parut plus doux que ce beau moment dans l’entourage familial, à Kougnas. Dans son sommeil, sa respiration s’adoucissait. Et un beau petit sourire se collait à un coin de ses lèvres.
Sa soeur, nommée Fa, se marierait bientôt, semblait-il. A l’extérieur de la concession familiale s’étendaient de vastes friches.
Un moustique bourdonnait de temps en temps à son oreille tandis que lui, était enfoui dans son rêve. Il la voyait toute radieuse, sa soeur, qui s’enjouait dans la maison, par endroits. Il était fier. Ses autres frères et soeurs jouaient avec lui, cependant, au même moment. Modou avait beaucoup de joie et se sentait bien. Une charette, dont l’attelage pendait, se dressait roide à côté de ce qui servait de portail, à la concession. Elle le rendit nostalgique des periodes d’hivernage ainsi que des travaux champêtres. Le cheval, un pur sang, broutait sa provende là-bas à l’écart. Modou eut un sentiment attendri pour cette bête, maigriotte en effet. Par dessus tout, la présence de ses parents le rendait heureux et puis le rassurait également. Cette vie, il en rêvait presque chaque soir, depuis son évacuation à Kaolack, dans un petit Daara. Tous ses compagnons du daara, de même !

Un léger vent austral se leva tout à coup. La fraîcheur soudaine le sortit du sommeil, doucement et lentement. La lune dardait le quartier, maintenant, de la blancheur de sa lumière. Indolent, il se mit debout tout en ramassant son petit bol. Bol rempli ou vide à moitié de nourriture. Puis, Modou, aigri, rentra à pas rasants au daara. Le lendemain, il courra de nouveau les rues en quête de charité, comme bon nombre de ses semblables. La parole de Dieu s’apprend dans la douleur, dit-on par ici.

Serait-ce ça ! l’eternelle condition du talibé ? Faite d’errance, de mendicité, de rebuffades, de souffrance et d’abaissement au quotidien.

Magatte Fall, chroniqueur


OSER ET SE DÉFILER, EN RÈGLEMENTS

jeunes manifestants agitant le drapeau national

Légiférer est la chasse-gardée de certains sans aucun doute. Ces derniers, sénateurs, députés et représentants, atermoient souvent à propos de telle ou telle loi. Comment celle-ci, définie comme la volonté générale par Rousseau, laquelle dit-il est l’influx, que chacun au fond de son lit, perçoit entre deux plissements de paupières, comment celle-là laisse-t-elle place aux atermoiements, à la tergiversation ? La volonté générale a une vocation d’apprehensibilité, par tous.

Entre une loi bien conçue de tous et une loi nécessaire, quelle séparation y a-t-il ? Aucune. Toutes les deux sont a fortiori justes. La première étant la volonté générale et la seconde étant un besoin absolu . Aucune ne peut être extravertie ! Pourquoi donc les représentants tergiversent-ils ? Au contraire, ils doivent se transcender et dire le droit, moins pernicieusement que judicieusement. Une nécessaire volonté générale est judicieuse pour ainsi dire.

En faits de loi, il faut oser… Oser une loi sur le terrorisme, si elle paraît nécessaire, le fait d’être la volonté générale la rendrait suffisante. Comble de l’ironie, une loi ni nécessaire ni suffisante comme la contrainte sur la cigarette, au moment où l’alcool fait autant de dégâts (30 millions de litres consommés en 2020), … c’est cela se défiler en législation. Cette dite loi est une farce somme toute. Des questions plus décisives pointent par-dessus les urgences.

Oser ou se défiler, telle est la question. Dans les époques à venir, une nation en essor comme le Sénégal, aura de plus graves questions à normaliser. Hétérosexuelle par les us et les coutumes, elle devra en lieu et place du délit d’acte contre-nature, soit criminaliser soit légaliser l’homosexualité et les pratiques assimilées. C’est là un des moindres dilemmes cornéliens qui point au loin. Il faut oser au moment échu.

Magatte Fall, chroniqueur

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :